Hector Berlioz, La damnation de Faust
La Damnation de Faust occupe une place à part dans la musique lyrique du XIXe siècle.
Lorsque Berlioz intégra le monde des musiciens professionnels parisiens, il n'avait en face de lui qu'un répertoire en grande partie sclérosé, largement orienté vers l'opéra le plus conventionnel. Hector, qui ne devait l'essentiel de sa formation qu'à lui-même, se situait hors du courant dominant et ne fut jamais réellement accepté. Son tempérament indépendant et ses acerbes critiques musicales n'ont évidemment pas aidé son intégration.
Né en 1803, il avait 25 ans lorsque parut, sous la plume de Gérard de Nerval, la première traduction du Faust de Goethe. Enthousiasmé, il se lança aussitôt dans la composition des Huit scènes de Faust, qu'il renia peu après mais qui constituaient déjà une petite moitié de sa future Damnation. Le personnage de Faust était en résonance avec ses propres aspirations et il trouvait en lui, comme Goethe d'ailleurs, une sorte d'alter ego. Aussi le sujet est-il revenu en force chez ce compositeur qui n'a jamais écrit de « musique pure », cherchant toujours à associer l'expression dramatique ou littéraire à l'expression musicale. Du reste, une grande partie du livret de la Damnation de Faust est de la main même de Berlioz, écrivain de qualité, ce qui représente une solution idéale pour la bonne symbiose paroles – musique.
Du sujet foisonnant qu'est le Faust de Goethe, Berlioz n'a gardé que l'essentiel, se limitant à la présence des trois personnages principaux, Faust, Méphisto et Marguerite. Il est aussi resté fidèle à l'esprit de ses Huit scènes, focalisant notre attention sur quelques épisodes sans toujours chercher à les relier entre eux,
un choix qui contribua à déstabiliser le public, d'autant que l'œuvre ne fut pas présentée en tant qu'opéra, mais comme une « légende dramatique ». Ainsi dépourvue de support visuel, sa première parisienne fut en 1846 un échec cuisant, alors qu'elle triompha peu de temps après à Saint-Pétersbourg et à Moscou. Il fallut attendre dix ans après la mort de Berlioz pour que cette partition trop en avance sur son temps soit définitivement reconnue comme une œuvre majeure du patrimoine français.
Bien que de multiples mises en scènes aient été tentées depuis, elle reste encore très souvent interprétée dans la sobriété du seul concert, la musique de Berlioz possédant un extraordinaire pouvoir d'évocation.
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François Fleurot


